C’est en allant vers la mer que le fleuve reste fidèle à sa source
Jean Jaurès

Aux sources a débuté comme une exploration visuelle sur l’allaitement, la maternité et l’intimité dans la famille. Le titre nous paraissait évocateur de cet éclat dans les yeux du bébé chaque fois que se présente le sein, la soif impérieuse, la nécessité du lien, de se nourrir sur un plan émotionnel et physique, la célébration des retrouvailles et le cadeau inépuisable de la vie, l’abondance sans cesse renouvelée comme celle d’une source.

Mais au delà de cet aspect métaphorique, le titre nous a permis d’étendre le sens à quelque chose de plus profond et de moins évident que nous avons découvert à mesure que nous avancions dans ce projet. Les images les plus vibrantes nous transportaient vers une réflexion sur ce que signifie être un humain, être vivant, grandir dans une famille ou plus globalement dans une société pour nous convertir finalement en quelqu’un d’unique, d’inimitable: nous même.

En ce sens, la phrase de Jean Jaurès nous paraissait capturer cette dualité présente dans chaque individu, cette tension créative entre origine et devenir, ce processus de murissement qui nous porte depuis la dépendance totale jusqu’à l’autonomie.

Nous sommes conscients que la majorité des parents préféreraient pour leurs albums de famille des photos où le bonheur soit complet et sans faille. Toutefois pour nous, le mystère et la force d’une photo réside dans sa capacité à exprimer cette dimension qui transcende le concret pour nous transporter jusqu’à l’essence de ce que nous sommes.

Et c’est le regard, par dessus tout le regard des enfants, qui nous a ouvert les portes de ces questions plus vastes et que l’on peut moins saisir par des mots : les enfants sont si présents dans l’instant, tant enracinés dans leur espace et, en même temps, avec leur regard si plein de conscience, ils voient plus loin, ils voient au dessus, ils transpercent la réalité de part en part jusqu’à toucher l’adulte qu’un jour ils seront.

Voilà le chemin jusqu’aux sources : quand nous prétendions atteindre les racines, à notre surprise, nous nous sommes retrouvés suspendus aux branches, les yeux pointés vers l’horizon. Comme toute chose qui vaut la peine d’être explorée la partie la plus belle est celle que nous n’attendions pas : la beauté cachée dans chaque recoin de l’ordinaire qui le transforme en extraordinaire, l’amour profond qui jaillit naturellement par le fait de prêter attention, de partager, d’être ouvert à la surprise de l’autre.

Je remercie ces familles d’avoir partagé leur beauté avec moi. Je les garde au coeur.

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